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Dans l’attente de Maharaji Par Mitch Ditkoff
Au début, mes descriptions étaient très dithyrambiques. Elles frisaient l’exagération, dirons-nous, avec une touche de fanatisme. – telle la poésie d’une personne amoureuse pour la première fois et en mal d’éditeur. Charmant ? Oui, bien sûr. Attirant ? Carrément oui. Provoquant l’attention ? Cela, aussi. Mais aussi plongeant dans la confusion quiconque voulant sincèrement comprendre ce qui pouvait bien susciter cet enthousiasme débordant. Avec le temps, comme le vin, je me suis calmé. Je ne suis plus guidé par le besoin de mettre des étiquettes, définir et expliquer. C’est un jeu auquel je ne joue plus. Que dit Maharaji quand on lui demande qui il est ? « Seulement un être humain » - un miroir qui aide les gens à découvrir leur vrai reflet en cet instant dans le temps. Voici dans son entier ce que fut mon expérience. Permettez-moi d’être plus précis. C’était en 1983 et j’habitais à Los-Angeles. Bien que j’aie déjà passé de bons moments de détente avec Maharaji au fil des ans, la plupart de mes contacts avec lui survenaient pendant de grands évènements : lui sur scène et moi, essayant de le voir depuis la mezzanine, me demandant comment trouver une meilleure place. Comme la majorité de ses élèves, je voulais un moment « particulier » avec lui, loin de la foule.
Alors quand un ami m’a demandé d’être serveur pendant une réception donnée par Maharaji pour ses voisins à Malibu, j’ai saisi ma chance. J’ai loué une livrée, ciré mes chaussures et je suis arrivé en avance. Seule ma mère aurait pu deviner que je n’étais pas serveur de profession. Ensuite, sur un signal du traiteur, mon aventure a commencé – plateaux de hors-d’œuvre dans la main gauche –j’ai commencé à évoluer parmi les invités avec les autres serveurs, chacun dans sa propre section. C’est Maharaji que j’ai vu en premier. Techniquement parlant, il n’était pas dans ma « section, » mais puisqu’aucun des autres serveurs ne s’approchait de lui, j’ai décidé de pallier à cette lacune. C’était ma chance, ai-je raisonné – surtout que je ne lui avais pas parlé depuis 3 ans. « Des hors-d’œuvre ? » ai-je demandé en lui tendant mon plateau. Maharaji s’est reculé et a détourné le regard avec un petit geste de la main comme pour dire, « éloignez ça de moi. » J’ai souri et avancé en me demandant si son refus avait un sens cosmique. Etait-ce moi ou les amuses gueule ? Voyait-il une ancienne tache enfouie en moi ? Etais-je désespérément « pas cool ? »
La journée était heureusement trop belle pour que ces pensées me contrarient longtemps et j’ai continué à marcher jusqu’à ma section située dans le champ derrière la maison. De l’endroit où j’étais, je ne voyais pas la réception, pas une occasion de voir Maharaji – du moins le croyais-je. Seuls l’océan et le ciel était intéressants à regarder. Bref, j’en étais là. Toutes les 10 minutes environ, un invité passait par là, surpris de voir un serveur, une ombrelle dans une main, un plateau dans l’autre, debout dans le champ bien loin de la réception. Il fallait environ 10 personnes pour vider mon plateau. Ensuite, je retournais chercher un plateau garni. Cela a du arriver au moins 20 fois dans la journée, et chaque fois j’apercevais Maharaji – debout, en conversation, en train de manger, déambulant, et faisant tout ce que font les gens dans une réception. Et, bien que ne pouvant prévoir ce qu’il ferait au moment où je l’apercevrais, je savais d’avance ce que je ressentirai. "Encensé," voilà comment je qualifierais cela. Grisé. Emerveillé. Radieux. J’étais un hybride curieux entre l’enfant qui voit le père noël et un fan des "Greatful Dead" avec un passe permanent pour les coulisses. "C’est lui," me disais-je sans cesse – Lui ! Cette petite scène se reproduisit plusieurs fois dans la journée. J’aurais pu continuer comme ça indéfiniment. Mais ensuite une chose curieuse est arrivée. |
Après l’avoir vu à peu près une vingtaine de fois, je n’ai plus rien ressenti. Zéro, néant, que dalle. Un sentiment de normalité indésirable a commencé à m’envahir. Je n’étais pas impressionné. Je n’étais pas sidéré. Je n’étais pas ébloui - je n’étais pas non plus captivé, exalté, content, reconnaissant, inspiré, ravi ou grisé. Je ne ressentais rien.
Mon concept de Maharaji se défaisait sous mes yeux. Mon modèle de référence mental ne faisait plus l’affaire. J’avais compté là-dessus pendant des années – que le voir serait enrichissant – et ça n’opérait plus. Cela venait-il de lui. Cela venait-il de moi ? Etait-ce mutuel ? Ni l’un ni l’autre ? Etait-ce autre chose ? J’aurais facilement pu en conclure que Maharaji n’avait rien de spécial – un magicien d’oz magnifié par mes propres projections irrationnelles. Oui, si je voulais la preuve qu’il n’était que l’invention de ma propre exaltation, elle était là. Seulement, ayant reçu la Connaissance de lui 12 ans auparavant et ayant ressenti les bénéfices nombreux de son aide dans ma vie, je ne pouvais pas céder devant une conclusion aussi simpliste. Il se passait manifestement autre chose. Rétrospectivement, les moments "sans passion" passés à servir pendant la réception de Maharaji, ressemblaient à la fin officieuse d’une longue lune de miel avec lui. Cette époque révolue de relation spirituelle pendant laquelle j’avais été protégé (ou aveuglé à) des moments où l’autre ne semble pas vraiment formidable. Dans le mariage, ceci marque le début ou la fin de l’acceptation douloureuse de l’apparition de la routine – l’époque où le mari n’apparaît plus héroïque et où la femme n’est plus regardée comme une déesse. Il était confrontant de l’admettre, mais la partie de ma relation avec Maharaji que j’avais fabriquée se défaisait. Sans m’en rendre compte, j’étais devenu un fan et un groupie en plus d’un élève. Semblable à la stratégie que j’utilisais avant dans ma vie personnelle, liant des relations amoureuses à court terme pour me sentir viril, j’avais orchestré ma relation avec Maharaji pour qu’elle me fournisse régulièrement des gratifications très avantageuses. Je n’étais pas le seul. D’après mon expérience, de nombreux élèves de Maharaji l’ont placé dans cette position. Régis par le besoin très humain de définir et catégoriser, nous l’avons converti en beaucoup de choses : Une superstar, un héro, un Avatar, une version anthropomorphique de notre Dieu personnel – projetant toutes sortes d’images sur lui, pas très différentes de celles des jeunes enfants avec leurs parents ou professeurs.
Les maris le font avec leurs épouses. Les épouses le font avec leurs maris. Les parents avec leurs enfants. La relation Maître/élève ne fait pas exception. D’une façon ou d’une autre, nous nous mettons en tête qu’un Maître doit représenter certaines choses. Metteurs en scène de notre propre film de série B, nous rassemblons nos stéréotypes préférés et nous créons une image de ce que doit être le Maître – ensuite nous comparons tout ce qu’il fait à cette image. Evidemment, nous courons à la deception. Comment pourrait-il en être autrement ? L’alternative ? Vivre et laisser vivre. Soyez vous-même et laissez Maharaji être qui il est. Renoncez à la dépendance qui veut que tout et tous s’adaptent au lit de Procuste de votre idéal intellectuel. Laissez la simplicité de l’amour être l’axe autour duquel évolue votre vie. Profitez de chaque souffle. Soyez reconnaissant. Vivez et laissez vivre. Savourez la chance d’être en vie et prenez plaisir à tous les bienfaits présents dans votre vie. Enlevez les lunettes aux verres teintés de rose et les explications en rose. Vous n’en avez plus besoin désormais.
La vie est belle tout simplement telle qu’elle est. |